Design

Le marteau tombe


Posté par Marc Lauzeral

« Mettez vous bien dans la tête que personne n’y connaît rien. Il n’y a qu’un baromètre qui indique la valeur de la peinture, c’est l’Hôtel des Ventes. » Renoir 

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Leader des maisons de ventes contemporaines, Phillips de Pury & Company confirma le 15 juin dernier la reprise et la bonne santé du marché à travers sa très belle vente de design du XXème et XXIème. Retour sur une tendance persistante des salles des ventes où Jean Prouvé côtoie désormais Katrin Fridriks.

La présence des amoureux du design dans les salles de vente n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années maintenant, acteurs du marché de l’art et designers entretiennent une relation fructueuse. De nombreux designers prolifiques (Franz West, les Zaha Hadid…) exposent en galerie et en foire. Le meuble devient unique et le designer se fait de plus en plus artiste (la réciproque aussi).

Cette tendance entre dans le sens de l’histoire du mobilier moderne. Descendant de la pensée Bauhausienne objectivant une idée sur un meuble, par le meuble et pour le renouveau de l’Homme, l’objet devient pensé telle une création artistique contemporaine. Cette amincissement de la dichotomie objet designé/oeuvre d’art est bien loin des préoccupations de reproductibilité de nos amis du design industriel et impose de nouvelles règles de distributions plus proches de celles de l’art contemporain. La galerie et l’Hôtel des Ventes entrent alors pleinement dans le jeu, pour la plus grande joie des collectionneurs et des imposables en recherche d’exonérations fiscales (kikou amical à Laurent Fabius).

Les marchands d’art ont également compris très tôt l’intérêt de vendre du design. Utilisant la pensée de Duchamp selon laquelle le lieu fait l’oeuvre d’art, l’objet désigné est une aubaine pour ces derniers. Sa nécessité et son caractère nettement plus accessible de prime abord permettent un discours plus simple et une audience plus large. Un nouveau marché va alors se créer, marché moins autocentré et plus stable (où mènera le nihilisme de l’art post-contemporain ?).

Cette ouverture du marché de l’art au design ne peut être comprise par l’amateur classique (comprendre celui qui ne va pas payer 75% d’impôts) que par le biais de l’affrontement de deux caractéristiques de ce type d’acheteurs : passion et spéculation. En matière de passion, rien n’a de valeurs et en matière de spéculation, la valeur est en devenir. Les adjudications n’ont alors plus de limites. Les chiffres records des ventes sont là pour le prouver. Prenons l’exemple de l’historique maison Stoheby’s : 5 542 125 euros récoltés pour la dernière vente d’art décoratif du XXième et de design contemporain à Paris (6 juin dernier) et 4 486 125 euros pour celle des importants designers du XXième à New-York (13 juin 2012). Nous sommes bien loin d’IKEA.

Lockheed Lounge Chair – Marc Newson – Vendue 1 000 000 € chez Christie’s en octobre 2007.

Ventru – Emile-Jacques Ruhlmann – Adjugé 1 516 100 $ chez Sotheby’s

Fauteuil de direction pivotant – Jean Prouvé – Adjugé 69 591 € à la dernière vente design d’Art Curial.

Lampe Pigeon – François Xavier LALANNE – Adjugé 12 870 € à la dernière vente design d’Art Curial.

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company

Hôtel des Ventes de Londres Phillips de Pury & Company – Le recul historique que nous avons permet de sacraliser et sélectionner les oeuvres maitresses du design : ici, un hommage à Jean Prouvé.

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