Fraise, banane, pomme, orange, fruits de la passion : non, il ne s’agit pas de la dernière carte de Frozen Yogurt à la mode mais bel et bien de préservatif ! Alors que les beaux jours sont là, réduisant la quantité de tissu portée par chacun et éveillant une libido auparavant ternie par la pluie, le festival Solidays en profite pour s’inviter à la fête du 22 au 24 juin à Paris-Longchamp. Parce que plaisir rime aujourd’hui avec sécurité, un bref retour sur le design de ce petit bout de latex s’impose.
N’en déplaise à certains ayatollah de ce qui se passe sous nos draps, l’utilisation du préservatif masculin remonte bien avant nos temps modernes. On retrouve des traces de l’ancêtre de celui-ci en 3 000 av J-C sous la forme de boyaux de mouton. On raconte même que les rois Minoen de Crête utilisaient une vessie de chèvre pour rejoindre leurs conquêtes (vous m’excuserez de l’absence de photo). Ce type de protections DIY se retrouvent tout au long de l’histoire et n’ont qu’un seul but : prévenir les maladies vénériennes et empêcher toute fécondation.
L’Europe connaîtra les joies du safe sex au XVIe siècle pour se protéger du «mal napolitain». Respectueux de l’élégance française, Louis XIV en utilisera en soie ou en velours orné d’un petit ruban. Le libertin Casanova le qualifiera même de «redingote anglaise» et il se diffusera à partir de 1776 dans les commerces.
Le système de vulcanisation du caoutchouc inventé par Goodyear et Hancock en 1839 donna naissance à une première version du préservatif moderne. En ce début de XIXème siècle, il se dote d’un réservoir et se décline en plusieurs couleurs et parfums. Il est réutilisable et lavable après usage.
Il faudra attendre 1843 pour que le préservatif soit dépénalisé en France, la morale catholique étant encore très présente dans les institutions ( Vive la Monarchie de Juillet ! ).
Le années 30 verront l’utilisation du latex liquide et de l’automatisation. Ces procédés, servants encore aujourd’hui, permettront une production de masse de ce contraceptif. Il faudra néanmoins attendre les années 60 pour que notre sulfureux objet prenne ses lettres de noblesse. La libéralisation sexuelle et la proclamation d’une sexualité tournée vers le plaisir et non la procréation diffusent son usage. Bien que concurrencé par la pilule contraceptive, son utilisation est grandissante et la découverte du HIV dans les années 80 le rend indispensable.
Conscient de cette réalité, l’irlandais Bryan Mc Cormack nous livrait en 2011 une installation intitulée «Les sons de ma vie. Preservation is life» au Centre Pompidou. Un arc-en-ciel de préservatifs masculins habillait les couloirs du centre au profit de l’association AIDES. «Le préservatif est associé au sida, à la contraception, à la sexualité, à la religion. Souvent on le cache ou on n’en parle pas. J’ai souhaité qu’on le regarde d’une autre manière, avec légèreté, d’une manière néo-pop», expliquait l’artiste. «Tout le monde connaît l’objet. Quand il est isolé, il est très sexuel. Mais quand on le reproduit par dizaines de milliers, le public perd ses repères»
Le designer contemporain s’intéressera à une réalité sociologique simple : le préservatif n’existe plus que dans une simple optique prophylactique, mais il est présent comme source de plaisir et de jeu. ll s’effectue alors un travail de design sensoriel. Se servant des avancées technologiques, le latex sera de plus en plus fin (15 micromètres pour le plus fin vendu en Europe), nervuré ou encore perlé pour une recherche de plus de sensations. Il pourra même s’accompagner d’un anneau vibrant pour les plus téméraires et sera orné de monogrammes LV pour les plus fortunés.
Le travail s’effectuera aussi sur le packaging. Loin de l’image de fontaine de capotes dignes des plus accueillantes backrooms, l’emballage se fait plus élégant et pourra même être synonyme de jeu.
Le préservatif a été un témoin particulier de l’évolution de la sexualité occidentale. Passé de l’interdiction et d’une utilisation réservée à quelques libertins, il est désormais accepté par tous : la sexualité du plaisir a remplacé la sexualité procréatrice. Alors que ce soit pour se protéger des IST ou d’une grossesse non désirée, protégez vous !
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