Cinéma

The Avengers // Barbara


Je crois que je n’ai pas compris le principe des films d’action à gros budget. Ou du moins ne l’avais-je pas compris, jusqu’à ce que j’en aie la révélation hier soir, alors que j’avais été voir the Avengers.

Dans mon esprit, c’est idiot, je prenais comme modèle « Piège de Cristal », « Speed », et tous ces films mêlant tension et action. Que j’ai été stupide d’imaginer que, pour exister, un film d’action devait mêler une intrigue ou bien une situation angoissante à des effets créant une tension montant crescendo, afin de créer du stress chez un spectateur. Dans Avengers, c’est tout le contraire. L’histoire est aussi incompréhensible qu’elle est improbable, les personnages ont tous des liens différents entre eux qu’il paraît compliqué pour le spectateur de suivre correctement. J’avais aussi pensé que, dans un film d’action, il était d’usage de faire exploser les décors, mais à bon escient, le but premier du héros étant de sauver la population. Apparemment, depuis les années 90, les choses ont bien changé. La tendance veut que les héros détruisent toute une ville, sans se soucier des bâtiments, ou des dégâts sur la population. Ici, détruire New York c’est vraiment chouette. Dans the Avengers, une autre réalité saute aux yeux. Une réalité que l’on a déjà pu observer dans des navets tels que Indiana Jones 4 (d’après ce qu’on m’en a dit, car je n’avais pas voulu le voir) : les acteurs ont vraiment accepté le rôle pour de l’argent. Car je ne vois pas d’autre raison. Bien sûr, certains combats sont impressionnants (mais est-on vraiment impressionné par la qualité des effets spéciaux de nos jours ?) et certaines blagues sont amusantes. Mais, à 90%, ces dernières tombent à l’eau.

J’ai eu la fausse bonne idée d’aller voir le film en 3D. Quelle arnaque, cette 3D utilisée à mauvais escient. On se souviendra d’Avatar pour la beauté des décors, et de Avengers pour la migraine qu’on aura eue pendant toute la projection. La pléthore d’acteurs très connus au box office dessert presque le film, qui ne volait déjà pas bien haut ; davantage défilé de célébrités que produit cinématographique, the Avengers saura pourtant séduire les amis de la Bande Dessinée et plaire aux amateurs du cinéma-détente, à condition qu’ils soient assez en forme pour supporter presque 2h30 de combat. Pour la profondeur de l’histoire et des personnages, passez votre chemin !

Quelques jours avant de voir The Avengers, je suis allée au Balzac découvrir Barbara, dont l’affiche m’avait presque autant intriguée que la critique de Telerama, qui vendait terriblement bien ce film indépendant allemand, relatant l’histoire d’une femme médecin envoyée dans un village perdu au milieu de l’Allemagne de l’Est en 1980 car elle était soupçonnée, lorsqu’elle travaillait à Berlin, de vouloir passer à l’Ouest. Au début, j’ai pensé que le film n’augurait rien de bon ; long, mou, et ennuyeux, il paraissait correspondre tout à fait aux préjugés qu’un public non averti peut avoir des films indépendants. Heureusement, très vite, Nina Hoss, la formidable interprète de Barbara, prouve au spectateur le contraire. Ici, tout passe dans le regard, dans les silences, dans le changement imperceptible de l’expression du visage. On est bien loin de l’étalage de sentiments que l’on observe aujourd’hui au cinéma.

Barbara s’inscrit dans la lignée de « La Vie des Autres », car il ressemble à un témoignage de l’époque troublée qu’est celle de l’Allemagne divisée. En ne se montrant pas comme une victime ni comme une martyre, Barbara présente un mélange parfait entre force et douceur, à l’image de grandes héroïnes telles qu’Ingrid Bergman dans La Maison du Docteur Edwardes, en 1945.

Pour préparer le film, Christian Petzold, le réalisateur, a demandé à ses acteurs de suivre une formation médicale, mais pas seulement ; ce sont des odeurs, des couleurs et des sensations qu’ont dû découvrir les héros, afin de mieux rentrer dans la peau de leur personnage. Cet aspect de la préparation des acteurs rejaillit formidablement dans le résultat final ; les détails insignifiants ne sont pas coupés au montage, parce qu’ils en disent davantage sur l’humanité d’un personnage que ses actions. C’est ce souci du détail, de la cohérence, de la crédibilité qui permet au cinéma d’auteur de survivre. Je ne vends pas le cinéma intimiste dans son ensemble, car comme partout, il y a du bon et du mauvais, cependant, c’est quand on tombe sur des merveilles telles que Barbara ou Une Bouteille à la Mer (dont j’ai déjà cent fois vanté la beauté nue de tout artifice) que l’on ne peut que désirer lutter pour la sauvegarde d’une œuvre qui permettrait le partage d’un point de vue, et non pas la seule représentation d’une histoire. Je ne peux pas en dire tellement plus sur le scénario de Barbara, car je risquerais d’en dire trop ; il doit rester nimbé autour de cette héroïne à la Jane Eyre un mystère que chacun pourra interpréter à sa façon.

Capucine de Chocqueuse

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