Photographie

LA SUREXPOSITION DE LA CRÉATION


« Le fou copie l’artiste et l’artiste ressemble au fou »
André Malraux

La création est-elle dépendante du succès ? Est-ce que la réussite tarit la recherche d’inspiration chez le photographe ?

Lorsqu’un photographe vit de son art, il est face à un dilemme. Faut-il continuer dans la même veine ? Satisfaire l’œil d’un public déjà conquis avec ce qui leur a plu par le passé ? Ou faire fi de ce que demandent les clients et laisser libre cours à sa créativité ? Les intermédiaires commerciaux que sont les galeries réclament une continuité dans le travail de l’artiste. Mais à force de faire la même chose, la fertilité du photographe ne risque-t-elle pas de s’épuiser ?

Les génies s’auto-proclament çà et là, mais seuls quelques uns peuvent transcender la technique, le travail accompli par les autres, et l’œuvre qu’ils ont eux-mêmes réalisé pour enfanter d’une authentique création. Il n’y a pas de génie inconnu. Le mythe de l’artiste sur la paille et incompris de son temps qu’incarnent Balzac ou Mozart n’est plus d’actualité. Les nouveaux vecteurs de communication à grande vitesse, ces autoroutes de la reconnaissance et de la célébrité sortent le génie inconnu de sa cave et de sa pauvreté en quelques jours. Le succès peut lui-même apporter une certaine part de confort et de stabilité avec laquelle l’artiste décide ou non de coopérer. Si c’est le noir et blanc, ou la surexposition qui fait connaître une artiste comme Valerie Griez, alors pourquoi s’exposer au risque d’échouer dans la photo en couleur ? L’affaire est à suivre, car elle n’en est qu’au début de sa carrière.

Les véritables artistes ont un message à transmettre, et savent renouveler la manière de le communiquer. Ce message, on l’appelle « la touche »,  « la patte » ou encore « le style de l’artiste ». Le génie de ces créateurs picturaux réside dans le mystique et l’irrationnel pour certains, et dans l’adaptation à une norme esthétique pour d’autres. Leur travail nous touche-t-il en faisant appel à des émotions passées, des souvenirs enfouis, ou se rapproche-t-il de la beauté à tel point qu’il en devient « universel et sans concept » pour reprendre une formule de Kant ? Les réponses proposées pour comprendre le plaisir esthétique sont nombreuses.

(c) Valérie Griez

Rodolphe Gardies

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